• Clara BL

S'oublier - Partie 2

C’est quoi alors s’oublier dans la vie ? Et comment qu’on fait ? Parce que bon, c’est bien joli, se (re) trouver et tout le tralala. J’y travaille. Mais je veux un peu de concret quand même.

C’est écoutant un podcast que j’adore We can do hard things, avec Glennon Doyle tout à fait adéquatement intitulé « Fun : What the hell is it and why we need it? » que j’ai réalisé, encore une fois, comme le jeu est important parce que c’est un espace idéal pour apprendre à s’oublier. Et apparemment, je ne suis pas la seule à ne pas savoir ce que c’est que le fun ! Ça fait toujours du bien de savoir qu’on est pas seul.e.



Surtout en tant que femme, le jeu, c’est pas vraiment un truc qui fait partie de nos vies. On a rarement l’occasion de s’oublier dans une activité qui n’a pas d’autre but qu’elle-même. Notre valeur est basée sur notre apparence et notre rôle est de prendre soin des autres. Alors, on apprend pas à chercher ce qui nous plaît et à se perdre dedans, sans se demander à quoi on ressemble. Et ça devient presque impossible d’oublier de faire attention à quoi on a l’air ou d’oublier tous ces autres dont on à a prendre soin avant nous-mêmes. On sait ce que les autres aiment, et on aime les voir se perdre dedans, mais c’est comme si cet espace ne nous était pas autorisé. Fuck that!

On a le droit de s’oublier dans autre chose que les autres et l’extérieur. On a le droit d’être suffisamment égoïste pour s’oublier à l’intérieur de la vie nous aussi, merde !


Et c’est pour ça qu’on a besoin d’apprendre à se connaître, à trouver ces espaces dans lesquels on peut s’oublier. Parfois, on ne sait pas du tout par où commencer, parfois même les trucs amusants sont des espaces où on se juge, se critique, s’observe. Mais si on est capable de s’oublier dans quelque chose même une seconde, c’est déjà une victoire. Et on peut demander de l’aide — oui, je sais, ça aussi c’est un gros sujet ! — . Peut-être qu’on a des hommes dans notre vie qui peuvent informer les atrophiées du fun que nous sommes.


Parce que c’est vrai qu’en regardant autour de moi, c’est plus souvent des hommes que je vois faire des choses « inutiles » comme se lancer un frisbee*, un ballon, faire des acrobaties, etc. C’est un espace potentiellement plus facile d’accès pour eux, parce qu’encouragé. Heureusement qu’on a pas tous les mêmes problèmes hein, comme ça on peut s’inspirer.

Hier, je regardais justement deux hommes jouer au frisbee, et je me suis dit « c’est absolument sans intérêt comme activité, c’est incroyable. » — Oui, j’ai du boulot ! —

Et c’est devenu encore PLUS inutile quand un chien est arrivé pour essayer d’attraper le frisbee. Je le voyais courir entre les deux hommes à chaque fois qu’ils lançaient ledit frisbee alors qu’il allait PAS l’attraper ! Il était en train de courir juste pour courir ! WTF?!

J’étais assez sidérée de voir qu’aussi idiote que cette scène puisse paraître, c’est le chien qui avait l’air le plus content alors qu’il faisait le truc le PLUS INUTILE DU MONDE !!

J’adore observer les chiens, j’ai l’impression qu’ils sont toujours contents, et ils sont contents du plus petit truc. Ils sont pas en train d’overthinker sur ce qu’ils font, si c’est productif, si ça a l’air de quelque chose, ils sont juste là. Perso, ça ne viendrait jamais à l’idée de courir après un truc que je peux pas attraper. Déjà, des gens qui jouent au frisbee, je trouve ça étrange…

Tu auras peut-être du mal à trouver des choses qui sont fun ou nourrissantes pour toi. Peut-être que même ces choses ne te permettront pas de t’oublier plus d’une demi-seconde. Ce n’est pas grave. Offre-toi cet espace quand même.

Quand je laisse la place au jeu, à des espaces où je peux m’oublier, je me sens souvent un peu démunie. Genre, qu’est-ce que je suis censée faire maintenant que j’ai arrêté de m’oublier dans les autres, dans le travail, etc. Je fais quoi de cet espace ? — Petit moment de panique — C’est normal de se retrouver face au vide quand on choisit de revenir à soi.

C’est avec le temps, qu’on (re) trouve ce qui nous amuse, et comment.

Parfois, se souvenir de ce qu’on aimait faire petit peut être un point de repère. Parfois, regarder les autres et voir ce qui nous fait envie (ou nous rend jaloux.se) peut être une indication.


Comme tout processus, on commence où on en est.

Il y a deux ans, j’étais au niveau 0, et tout ce que je pouvais faire, c’était mettre de la musique et danser 30 secondes. Et c’était le début. Dans ces 30 secondes, je pouvais me laisser aller complètement, m’oublier quelques secondes seulement. Et c’était déjà une énorme victoire.


Aujourd’hui, je fais la même chose au niveau 2. J’ai pris un cours de pole dance récemment, et dans l’heure du cours, j’ai pu m’oublier quelques minutes seulement parce que le reste du temps, je me comparais, me jugeais, me demandais si je faisais bien, plutôt que juste m’amuser à être dans mon corps et ressentir ce que ça me faisait. En jouant au badminton, il y a quelques jours, pareil. « Est-ce que je montre trop ma joie ? Est-ce que je crie trop fort ? Est-ce que je frappe trop fort ? Est-ce que j’étais trop agressive ? Est-ce que j’aurais dû mettre un soutif parce que tout le monde doit voir mes boobs là non ? Est-ce que j’ai l’air de me la péter à savoir jouer ? Je joue trop bien peut-être ? Est-ce que mon partenaire de jeu se sent bien ? Est-ce qu’il faut que je fasse différemment pour qu’il se sente bien ? De quoi j’ai l’air ? C’est acceptable ? »

Et c’est okay. Se défaire de tout ce qui nous empêche de nous oublier, c’est du travail. Ça prend du temps. Ça demande de la patience, et de la douceur envers nous-mêmes. C’est normal d’avoir tellement besoin de ces moments, et de s’en vouloir de ne pas pouvoir se les donner. C’est aussi normal de ne pas avoir les capacités quand on a appris à s’oublier de façons qui ne nous font pas du bien. Commencer à s’offrir ces quelques secondes ou quelques minutes d’oubli qui nous nourrissent, dont on ressort un peu plus vivant, c’est déjà un énorme cadeau.

On ne peut s’oublier dans la vie que quand on ne cherche rien d’autre que ce qui se passe. Quand on a rien à protéger, rien à gagner, rien à perdre. Que c’est le processus qui compte.

Le jeu, c’est le retour à une petite chose à la fois qui n’a aucun intérêt en soi, aucun but, aucun résultat autre que l’activité. Un truc pour le plaisir du truc. Le jeu est un lieu où on peut apprendre à s’oublier dans la vie.

Notons quand même que ce n’est pas le remède miracle, hein. Si on a du mal à se laisser aller dans la vie, on aura du mal à se laisser aller dans le jeu. Comme l’anxiété, si je suis anxieuse dans la vie, je serais anxieuse partout ailleurs, dans la méditation, dans la douche, dans le jeu. Et c’est normal ! C’est un PRO-CES-SUS. #Iknow

Pour moi, s’oublier dans la vie vient par instant. Je commence juste à m’habituer au goût que ça a. Et comme j’aime bien, j’essaie d’y retourner, des fois ça marche, des fois ça foire. Mais en faisant le travail de se retrouver, on crée un peu plus d’espaces pour ces instants. Et, on est souvent pris par surprise. Parce que ces moments d’oubli ne ressemblent jamais à ce qu’on a appris. On sait seulement qu’on en ressort nourri. e et avec un peu plus d’amour.


Et peut-être qu'au lieu d'oubli, je devrais parler de souvenir. Ces moments d'oubli de qui je suis dans la vie, c'est les moments où je renoue avec ma vraie nature, l'infini.


*Juste après avoir fini cet article, j'ai vu un groupe de femme jouer au frisbee avec une petite fille, ça m'a donné beaucoup de joie. We're getting there!!

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