• Clara BL

Lost in transition

Comme certains d’entre vous le savent peut-être déjà, dans quelques semaines (ces mois qui se transforment en semaines, c’est quoi ce BORDBEL !!) je quitte Londres pour rentrer vivre en France.

Ça fait un petit moment que la décision est prise et que je me sens dans un espace de transition. Et si la vie est constamment en transition, c’est une transition que j’imagine et conçois avec la vie. Et ça, c’est nouveau.

Une transition est un espace où beaucoup de choses différentes se passent. Il y a une transition mentale, et une transition physique. Une transition imaginaire et une transition concrète.

Les deux se produisent à la fois, et à des rythmes différents. Et de temps en temps, j’ai besoin de faire une pause dans un espace de transition imaginaire. Un espace où je peux imaginer ce à quoi le « après » ressemblera.


J’aime cet espace où tout est possible, où le présent est bientôt un passé et bientôt un futur.

C’est un super pouvoir de passer du temps dans cet espace Chat de Schrödinger où tout est possible, mais rien n’existe parce que c’est là qu’on y puise l’inspiration pour un futur différent. — Quand on l’utilise pour rêver et pas pour créer des scénarios catastrophes soyons clair, c’est un super pouvoir à double tranchant forcément. —Je me suis un peu autoflagellée de passer « trop » de temps dans cet espace parce que j’avais peur que ça devienne un piège qui m’empêche d’agir concrètement ensuite. On est tellement dans une société du « faire » que l’imagination devient dangereuse, comme si quand on est pas en train de faire, on est inutile. C’est faux.

C’est okay et indispensable cet endroit en dehors de la réalité. C’est okay de se préparer, de prendre son temps avant de passer au concret, aux actions. On a chacun notre rythme. Surtout dans les transitions, c’est un cadeau précieux à s’offrir de se donner de la douceur et de respecter son rythme.


Une transition est un saut dans le vide et tout ce qui peut le rendre moins effrayant et un peu plus excitant est un cadeau.

Beaucoup d’entre nous résistent aux transitions, comme si c’était possible.


Et, en écrivant ça, je me rends compte que ce n’est pas forcément aux transitions qu’on résiste. Mais plutôt à ce qui nous permettrait de leur laisser de l’espace. On résiste à nos envies de changement. Parce qu’elles n’ont pas toujours (pas souvent) de logique. Ça ne me paraissait pas logique d’avoir envie de quitter Londres alors que c’était un rêve d’enfant. Quand j’ai décidé d’aller y habiter, je ne m’imaginais pas comment ce serait, j’ai juste suivi une envie dont j’ai cru qu’elle resterait la même tout le temps.


On a des plans, des idées de comment la vie devrait se dérouler, dans quel ordre, mais ça n’est pas comme ça que ça marche. Et parce qu’on n’a pas appris que notre (en) vie suit sa logique propre alors on résiste jusqu’aux cassures et on ne s’ouvre pas l’espace de la transition. C’est dommage.


En apprenant à m’écouter mieux et à me faire confiance même quand ce n’est pas logique, je me permets un temps de transition qui n’est pas une cassure. Parce que je sens, avant que tout parte en cacahuète que peu importe la logique, j’ai fini d’être ici et je suis tirée ailleurs. Et, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, c’était impossible pour moi d’écouter ça.



C’est un processus. ;)

Je sais aussi que le changement lui-même fait peur, surtout quand on a l’impression qu’il n’a jamais été positif ou voulu. Et si mon expérience me fait dire que changer, c’est claquer la porte du passé pour toujours avec un bout de moi derrière, je n’ai plus envie de ça aujourd’hui. Je peux laisser la porte ouverte pour que le passé et le futur communiquent.


Le changement n’a pas besoin d’être une cassure parce qu’il ne signifie pas qu’il n’y a rien à garder de ce qu’on a vécu, même si on choisit autre chose aujourd’hui. Et si on est triste de quitter quelque chose, ce n’est pas parce que c’est une mauvaise décision, c’est parce que notre présent est beau et nourrissant et que c’est toujours difficile de laisser ça derrière nous, même quand on sent que plus beau et plus nourrissant nous attends ailleurs.

On n’a pas appris à chérir ce temps où on choisit ce qui reste et ce qui part, où on dit au revoir à ce qui se termine et où on rêve et prépare ce qui commence. On préfère les débuts, et on oublie que pour qu’il y ait un début, il doit y avoir une fin.

Ça me fait penser à cette scène dans le dernier Pixar Luca. Il prend le train pour aller vers la suite de sa vie, et on le voit, les larmes aux yeux, dire au revoir à ce qu’il a connu jusqu’à maintenant. Pendant un moment alors que le train est en route vers sa destination, il regarde en arrière les larmes aux yeux. Puis il finit par se retourner parce qu’il est prêt.

Je me sens dans le train. C’est à la fois génial et difficile. Et c’est okay.

Profitez de vos transitions — en train ou non —. C’est un espace riche. À la fois une fin et un début. Un entre-deux. Je suis un peu perdue dans cette transition, et c’est okay. Soyons doux avec nous-même.

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