• Clara BL

Cruche Inutile

Dernière mise à jour : 18 nov. 2021

Il l'avait traité de cruche inutile. Comme si c'était normal, sur le ton de la conversation, presque dans un rire. Si elle le prenait mal, ça pouvait passer pour une blague. Elle était si sensible aussi, trop sensible. Souvent, elle faisait des histoires pour rien. En tout cas, c’est ce qu’il disait. Et à force de l’entendre, elle finissait par le croire.

Elle ne savait plus si ces mots lui faisaient mal parce qu’ils étaient vrais ou parce qu’ils étaient mauvais. Après tout, elle n’avait pas sa culture générale. Il savait. Il savait beaucoup d’ailleurs, et elle se contentait d’acquiescer souvent. Elle n’était pas très intelligente, elle s’en rendait compte.

Pourtant, elle aimait les mots, de tout son cœur, mais parfois elle ne les comprenaient plus. Comment ses amis pouvaient-ils devenir sa destruction ? Elle essayait de comprendre désespérément. Et si elle ne pouvait plus faire confiance aux mots, alors à quoi ? Elle connaissait leur sens pourtant, mais elle ne comprenait pas le sens que leur donnaient les autres. Qui semblait être toujours différent. Jamais le sien. Elle avait peut-être tort après tout.

Pourtant, elle sentait bien que c’était comme ces balles qui pénètrent le corps avant d’y exploser sans laisser de traces visibles. Elle en avait reçu tellement qu’elle ne les comptait plus. Elle qui faisait toujours si attention à ce que ces mots guérissent et apaisent les blessures qu’elle savait invisibles chez les autres. Elle ne savait pas toujours faire la différence entre des mots mauvais et des mots vrais. Parfois, leur piqûre est identique, même si leurs traces sont bien différentes. Et elle ne voulait pas prendre le risque.

Elle se demandait parfois si ces mots faisaient aussi mal à celui qui les tire qu’à celui qu’ils visent. Elle se doutait que pour être dits, ils doivent avoir été entendus. Et peut-être qu’ils avaient été pris pour une vérité qui se partage plutôt que le poison injecté par un autre. On ne dit avec conviction que ce qu’on croit, n’est-ce pas ?

Si elle voyait que ces mots pouvaient être un poison pour les autres, alors elle reconnaissait qu’ils n’étaient pas plus une vérité quand ils la concernaient. Elle choisit de ne pas contaminer avec ces mots, même si parfois, elle avait bien des choses à dire. Elle ne veut pas être un maillon dans une chaîne venimeuse. Ni pour elle ni pour les autres.

« Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs » Marshall Rosenberg.

Mes mots seront des remèdes sur les poisons des autres et sur les miens. Mes mots seront la rage qui consume les balles. Mes mots seront une fenêtre sur un monde meilleur.

We can make the ugly beautiful.

Prenez soin de vous surtout.

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